Puisque l’automne évoque souvent l’Halloween, parlons de chauves-souris!

Accusés à tort de boire le sang et d’être des créatures maléfiques s’agrippant à nos cheveux, ces petits mammifères volants extrêmement utiles sont menacés ou en voie de disparition…

Par Francine Saint-Laurent
31 octobre 2017

Dans les films d’horreur, la chauve-souris a toujours côtoyé Dracula ou les sorcières. Peut-être est-ce dû à son côté nocturne ou encore à ce qu’évoque sa silhouette noire valsant devant la pleine lune. Cependant, il est grand temps de dissiper ces faux préjugés. La chauve-souris et l’un des animaux les plus bénéfiques pour les humains; elle est un merveilleux insecticide naturel très performant pouvant manger 600 insectes par heure. Cependant, la chauve-souris est victime non seulement de ces préjugés tenaces, mais également d’un champignon microscopique extrêmement virulent appelé le syndrome du museau blanc (Pseudogymnoascus destructans). Cette maladie fongique est en train de réduire de façon dramatique les populations de chauves-souris dans tout le continent nord-américain.

Source : Frédérick Lelièvre

Péril en la demeure

C’est en février 2006 qu’a été observé pour la première fois en Amérique du Nord le syndrome du museau blanc (SMB) sur des chauves-souris en hibernation. Où exactement? Dans une grotte touristique de l’État de New York. « Nous croyons que c’est possiblement un amateur de spéléologie qui aurait transporté sur son matériel, ses vêtements ou ses chaussures ce champignon venu d’Europe d’une grotte contaminée à une autre non contaminée », dit Anouk Simard, biologiste chercheuse pour le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs. Si la chauve-souris européenne semble avoir acquis une résistance à ce terrible champignon, la situation est tout autre pour sa congénère américaine. À l’heure actuelle, en vertu de la loi canadienne sur les espèces en péril (LEP), trois espèces de chauves-souris sur dix-huit sont en voie de disparition au pays : la petite chauve-souris brune, la chauve-souris nordique et la pipistrelle de l’Est. Depuis 2010, ces espèces ont connu une baisse dramatique – allant de 70 à 98 %, l’un des déclins les plus foudroyants jamais observés dans le monde animal au point qu’on a ramassé des victimes à la pelle à certains endroits. Anouk Simard – experte en chauves-souris – donne l’exemple d’une grotte située dans les Cantons-de-l’Est où une population de chauves-souris est passée de 5000 à huit individus seulement et d’une autre, située au Centre-du-Québec, où la population de 1000 chauves-souris a été totalement décimée. Pire encore, des biologistes américains prétendent que si la tendance se maintient, la petite chauve-souris brune, qui était jusqu’à présent l’espèce la plus commune au Québec, pourrait disparaître d’ici une dizaine d’années dans certaines régions nord-américaines.

Source : MFFP

Une maladie qui gagne du terrain à la vitesse grand V

Non seulement les chauves-souris tombent comme des mouches, mais, ce qui est plus grave encore, le champignon se propage de manière fulgurante, parcourant environ 250 kilomètres par année. « Depuis 2006, le SMB s’est déjà répandu dans 25 États américains et dans cinq provinces canadiennes (le Québec, l’Ontario, le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse et l’Île-du-Prince-Édouard). Le champignon est déjà à la frontière du Manitoba », estime Anouk Simard.

Au train où vont les choses, le SMB ne tardera pas à atteindre les autres États et provinces encore épargnés.

Source : MFFP

Des espèces plus fragiles que d’autres

Au Québec, nous avons huit espèces de chauves-souris au Québec divisées en deux groupes : les résidentes et les migratrices. « Ce sont celles qui résident ici et qui passent l’hiver dans des mines abandonnées ou dans des grottes naturelles qui sont particulièrement touchées », de dire Anouk Simard. Cependant d’une manière étrange, la grande chauve-souris brune semble être moins touchée par le SMB que les autres résidentes. Pourquoi les chauves-souris qui résident ici sont-elles frappées plus que d’autres par cette hécatombe? C’est que la température et les conditions d’humidité qui règnent dans les grottes ou autres sont propices à la croissance de ce champignon. Or, les chauves-souris sont insectivores. C’est pourquoi, pendant l’hiver, quand les proies se font rares, elles hibernent afin d’économiser leurs réserves de graisse pour pouvoir tenir jusqu’au printemps. « Le problème, c’est que les graines microscopiques (appelées spores) du champignon se fixent sur les parties dépourvues de poils, comme le museau, les pattes et les ailes, provoquant des démangeaisons. Ce qui aurait pour effet de tirer les chauves-souris de leur hibernation. » Or, plus elles s’éveillent tôt, plus elles puisent dans leurs réserves de graisse accumulées et finissent ainsi par mourir de déshydratation. À l’heure actuelle, des recherches sont en cours pour tenter de trouver une solution à court ou à moyen terme à ce grave problème.

À SAVOIR
S’il est vrai que le syndrome du museau blanc n’est pas transmissible à l’homme, il faut tout de même éviter de manipuler les chauves-souris, car elles peuvent être porteuses de la rage comme n’importe quel autre animal sauvage. Si vous avez été griffé ou mordu par une chauve-souris, il faut immédiatement laver la peau exposée avec de l’eau et du savon pendant dix ou quinze minutes et obtenir une aide médicale sans tarder.

J’AGIS POUR LA NATURE!

Si vous découvrez ou connaissez un endroit fréquenté par une colonie de chauves-souris, vous êtes invités à en signaler l’emplacement en vous inscrivant sur le site Chauves-souris aux abris : http://chauve-souris.ca

Vous êtes également invités à signaler les chauves-souris mortes ou qui volent en plein jour en composant sans frais le 1 877 346-6763, option 2.

À l’heure actuelle, il n’existe aucun moyen efficace pour combattre le SMB. Cependant, vous pouvez contribuer à protéger les chauves-souris et à diminuer la propagation de la maladie. Comment?

  • Désinfectez vos vêtements, vos chaussures et votre matériel après la visite d’une grotte;
  • Ne transportez pas le même matériel d’une grotte à l’autre;
  • Ne pénétrez pas dans des grottes touristiques ou non, dans des mines abandonnées pouvant abriter des chauves-souris, surtout dans les régions où le syndrome du museau blanc a été détecté.

POUR EN SAVOIR DAVANTAGE :
Ces deux documents (voir les liens ci-dessous) sur la prévention de la transmission du syndrome du museau blanc vous donneront mille et un bons conseils à suivre avant d’explorer le sous-sol de la Terre. Sachez de plus que ce champignon est très résistant.

VIDÉO :
Apprenez-en davantage sur la terrible maladie qu’est le syndrome du museau blanc.

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