Le Gecko vert de Bourbon : un grand jardinier des forêts!

Pour la première fois de son histoire, la Réunion vient de réintroduire un petit lézard indigène dans une forêt semi-sèche. La raison? Cette petite bestiole est un véritable jardinier!

Par Anouk Piteau
Collaboration spéciale / La Réunion
Printemps – été 2019

Le Gecko vert de Bourbon est endémique de la Réunion. Source : Stéphane Michel

L’île de la Réunion est considérée comme un point chaud mondial de la biodiversité. Rien d’étonnant à cela : cette île française située dans l’océan Indien est dotée d’une richesse floristique étonnante. Parmi ces trésors, il y a la forêt semi sèche, un écosystème unique au monde, hélas menacé. Ce milieu forestier abrite des espèces animales emblématiques tels que le Gecko vert de Bourbon et le Papangue, le seul rapace nicheur endémique de la Réunion. Voilà une bonne raison de plus pour protéger ce magnifique habitat naturel. Rappelons que la forêt semi sèche est un habitat forestier adapté aux longues périodes de sécheresse qui s’étalent sur plusieurs mois, d’avril à novembre. Cet habitat forestier exceptionnel – qui était autrefois largement répandu sur d’autres îles, comme l’île Maurice, la Nouvelle-Calédonie, Rodrigues, Madagascar, Mayotte – abrite, à l’île de La Réunion, des espèces végétales uniques au monde. Cette relique forestière occupe actuellement à peine moins de 1% de sa surface d’origine, soit quelques parcelles de terre isolées et parsemées dépassant rarement un hectare. Trop peu!

La forêt semi sèche a pratiquement disparue de la planète. Source : Stéphane Michel

Mobilisation réunionnaise pour sauver la forêt semi sèche

Parcelles isolées et parsemées de la forêt semi sèche. Source : projet LIFE+ COREXERUN 2009 – 2014

Depuis 2014, le projet réunionnais LIFE+ Forêt Sèche œuvre très fort pour préserver la forêt semi sèche de l’île de La Réunion. Cependant, ce projet important doit surmonter différents obstacles. Afin de lutter contre les espèces exotiques envahissantes (Chocas, Liane papillon, Faux poivrier blanc, Jamrose, Galabert, Goyavier, Fataque), considérées comme les principales menaces de la pérennité de la forêt semi sèche, ce projet repose sur deux principaux piliers. Le premier, la plantation de 80 000 arbres supplémentaires qui a débuté en 2016 et qui prendra fin en 2020 – afin de permettre à une jeune forêt (semi sèche) de voir le jour.  Rappelons que 96 960 arbres avaient été plantés dans un précédent projet LIFE+ 2009-2014.  Le second pilier est la restauration des interactions faune-flore pour faciliter la régénération de cette forêt. La réintroduction du Gecko vert de Bourbon (Phelsuma borbonica) en particulier doit contribuer à la restauration de l’ensemble des fonctionnalités de la forêt semi sèche. Pourquoi? Ce petit reptile indigène (d’une taille ne dépassant pas 7 cm pour les mâles et 6 cm pour les femelles et d’un poids poids de douze (12) grammes pour les mâles et de six (6) grammes pour les femelles) constitue un pollinisateur probable des arbres de la forêt semi sèche.

Les mâles ne dépassent guère 7 cm de longueur et les femelles 6 cm. Source : Stéphane Michel

La raison est fort simple : le Gecko vert de Bourbon est friand du nectar et de la pulpe des fruits, comme le Mazambron marron (Aloe macra) ou le Petit Vacoa (Pandanus sylvestris). Or, en se déplaçant, cette petite bête disperse le pollen des espèces végétales endémiques sans le savoir. En somme, il joue un rôle clé dans la régénération de la forêt semi sèche en donnant naissance à de nouveaux arbres. Rien de moins!

Prélèvement des reptiles à l’aide de tubes en PVC. Source : Stéphane Michel

En préparation depuis 2009, la translocation de Geckos verts de Bourbon du site de la Plaine d’Affouches vers la Grande Chaloupe est une première à La Réunion. Enrichies par l’expérience de la Mauritian Wildlife Foundation à l’île Maurice, les études de faisabilité et la rédaction du protocole de l’opération ont abouti en 2016 à l’autorisation de l’action de translocation des Geckos verts de Bourbon par le Conseil National de Protection de la Nature.

Cinquante reptiles ont été alors prélevés au mois d’avril 2018 à l’aide de tubes en PVC sur la population source de Geckos verts de Bourbon des « Hauts » de La Montagne, population  estimée à plus de 1 000 individus par l’association Nature Océan Indien (NOI). L’Union internationale pour la  conservation de la nature (UICN) recommande de ne pas prélever plus de 10 % de la population totale d’une espèce animale protégée. Afin de respecter ce critère, on n’a prélevé que 30 femelles et 20 mâles de la population source en fonction de leur taille et de leur poids.

Source : Stéphane Michel

Cette opération de translocation – menée par le projet LIFE+ Forêt Sèche avec l’appui de NOI et des agents du Parc national de la Réunion – donnera lieu à un suivi précis à l’aide de caméras d’observation et de relevés d’empreintes. Pour qu’il soit possible de respecter le protocole de relâche des Geckos déjà défini antérieurement, les reptiles ont été introduits non loin des sites de plantation, au cœur des reliques de la forêt semi sèche de la Grande Chaloupe. Tous conservent l’espoir que ce remarquable petit jardinier recréera une forêt fonctionnelle.

Pour en savoir davantage sur le Gecko vert de Bourbon :
la1ere.francetvinfo.fr/2014/12/30/comment-reconnaitre-un-gecko-de-la-reunion-218720.html

Vidéo :
L’aventure continue jusqu’en 2020 : vimeo.com/77852122

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