Le soi-disant vorace carcajou viendra-t-il encore hanter nos forêts?
Chose certaine, une jeune biologiste française, Morgane Bonamy, rêve du jour où l’on retrouvera à nouveau notre « enfant terrible » sur le territoire québécois
Par Francine Saint-Laurent
30 octobre 2017
D’entrée de jeu, la doctorante Morgane Bonamy tient à préciser que cet animal qu’on croit à tort si cruel ne présente aucun danger pour l’homme. L’un des objectifs de sa thèse est de découvrir si les préjugés défavorables à l’égard de ce mustélidé sont encore tenaces, même si notre animal semble avoir disparu du Québec depuis une quarantaine d’années environ. Cependant, bien que des observations aient été recueillies depuis trente ans, il n’y a jamais eu une indication tangible de sa présence sur notre territoire. La perception qu’ont les gens à son égard est un élément important, car comment pouvons-nous même songer à réintroduire le carcajou s’il est aussi mal aimé. Or, le carcajou – mot qui vient de l’amérindien kar-ka-joo pour désigner le mammifère nommé glouton – ne semble pas être sorti du bois. Les rencontres que notre étudiante a eues avec des gens des communautés autochtones et non autochtones lui indiquent qu’il y a beaucoup de chemin à faire pour améliorer son image.
«Diable des bois », « voleur de proies » et « destructeur de pièges » : les termes ne manquent pas pour le désigner.
« Aussi, j’ai remarqué que les préjugés à son égard varient selon les nations autochtones que j’ai rencontrées. Par exemple, les Naskapis le voient davantage d’un mauvais œil. C’est celui qui défait les pièges des trappeurs, leur vole les appâts et conclut souvent le tout en aspergeant les trappes de son musc (glande anale propre au mustélidé) à l’odeur nauséabonde », dit Morgane Bonamy, étudiante à l’Université de Montréal.

D’autres le maudissent également
Les bûcherons qui travaillaient durement dans le bois le craignaient également comme la peste. Quelques jolis contes ont été écrits à ce sujet : « Autrefois, les hommes trimaient dur dans le bois. On partait à la barre du jour, avec les sciottes et les haches. On peinait tellement que nos manteaux fumaient à cause de la sueur, comme de l’herbe grasse que l’on jetterait dans la braise. Les croupes des chevaux étaient blanches comme neige. Le soir, seul le poêle du camp pouvait nous donner un petit brin de chaleur. Puis, un soir, en entrant, on a découvert notre camp dans un grand désordre. Les harnais des chevaux avaient été mâchouillés, et nos vêtements réduits en charpie! Et l’intérieur de la cache – où l’on rangeait pour l’hiver la mangeaille des chevaux et la pitance des hommes – avait été arrosé par « l’enfant du diable. » Le fanfaron nous avait jeté un mauvais sort; nous savions que nous étions perdus! »
Une réputation qui n’a plus de raison d’être
« S’il est vrai que les Autochtones comme les Naskapis ont déjà pratiqué le piégeage pour assurer leur subsistance, la situation est tout autre aujourd’hui, puisqu’ils ont accès à d’autres ressources, comme des coopératives alimentaires, par exemple », indique notre biologiste.
Il en va de même pour les hommes qui travaillent dans le bois. On trouve à présent des points de ravitaillement, et les denrées alimentaires sont mises en conserve. Sans oublier les moyens de communication qui permettent de demander de l’aide extérieure lorsqu’il y a certains problèmes. D’ailleurs, le carcajou n’est pas plus saccageur qu’un ours, un porc-épic ou un raton laveur.

Un animal mal connu
Dans le cadre de son doctorat, Morgane Bonamy a notamment interrogé 340 personnes (200 adultes et 140 enfants) au Zoo sauvage de Saint-Félicien, qui abrite deux carcajous, un mâle et une femelle. Le taux très faible de bonnes réponses (30 %) à des questions comme « Quel est le poids du carcajou? » «Que mange-t-il? » « Où le trouve-t-on? » lui a manifestement indiqué qu’il y a beaucoup de travail d’éducation à faire.
Notre doctorante espère que le résultat de ces données sera un jour publié et accessible dans l’espoir qu’on puisse amorcer des projets éducatifs et permettre ainsi aux gens d’avoir une meilleure connaissance de cet animal légendaire et rare et de se défaire ainsi de la mauvaise perception qu’ils ont de lui.
Le carcajou est l’un des animaux les plus fascinants de notre faune, et il a une grande valeur culturelle. Il est aussi le plus grand représentant de la famille des mustélidés terrestres, et le seul mammifère nécrophage à être actif toute l’année. Puisque bon nombre d’entre eux meurent de famine, ils doivent affronter la mort qui les guette tous les jours. La réintroduction du carcajou pourra sensibiliser davantage le public à la protection des espèces menacées ou vulnérables.
J’AGIS POUR LA NATURE!
Si vous apercevez un carcajou à l’état sauvage, vous pouvez vous adresser directement au service à la clientèle du Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec via l’adresse courriel suivante : renseignements@mffp.gouv.qc.ca
Notes
- Le Ministère a participé à l’élaboration d’un programme de rétablissement du carcajou,population de l’Est, préparé par Environnement Canada en vertu de la Loi sur les espèces en péril (chapitre L.C. 2002, chapitre 29);
- Ce rapport a été publié par le gouvernement fédéral en 2016 : http://www.registrelep-sararegistry.gc.ca/document/default_f.cfm?documentID=1546;
- Au Canada, deux populations distinctes étaient reconnues jusqu’à récemment, soit les populations de l’Ouest et de l’Est;
- La population de l’Est, présente au Québec et au Labrador, a été désignée en voie de disparition par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) en 2003 et inscrite comme telle à l’annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril (chapitre L.C. 2002, chapitre 29) en 2005;
- Une réévaluation de l’espèce a été effectuée par le COSEPAQ en 2014, regroupant maintenant les deux sous-espèces initiales (population de l’Est et population de l’Ouest) en une seule unité désignée « préoccupante »;
- Malgré la récente réévaluation de l’espèce comme espèce préoccupante (COSEPAC, 2014) : http://www.sararegistry.gc.ca/virtual_sara/files/cosewic/sr_Wolverine_2014_f.pdf, le présent programme de rétablissement a été élaboré selon le statut légal actuel de la population de l’Est, tel qu’il figure actuellement dans l’annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril (chapitre L.C. 2002, chapitre 29), c’est-à-dire en voie de disparition.






J’aimerais parler à Mme Bonamy. Un spécimen a été vue à l’ancienne lorette .
Bonjour, je sais que le glouton est censé ne pas exister en France mais j’ai vu quelque chose de similaire à deux reprises près de chez moi dans les bois, qui n’a pas hésité à faire mine de nous attaquer mon chien ( chien-loup) et moi. Des chasseurs mont dit que c’était un glouton… Est-ce-qu’ils en avaient déjà croisé aussi? J’aimerais en parler à cette dame.
Bonjour,
J’ai aperçu deux fois un carcajou cet hiver, la nuit, proche de Brownsburg-Chatham.
Très bel article, bien documenté et qui nous met sur la piste de l’animal le plus méprisé, mais le plus fort et courageux de toute la faune.
A ma grande surprise (Août2019),alors que j’attendais à une lumière en auto le soir j’ai vu traverser un carcajou près de Limoilou,je suis certaine de mon identification les même couleur sur la tête et les flancs,au début je croyais que c’était un raton mais quand j’ai vu la tête et la queue j’ai toute suite su que c’était un carcajou ,ce n’était pas non plus un pékan car il n’avait pas la forme allongée .Peut être qu’il reste encore des animaux au Zoo et qu’ il s’est échappé chose certaine j’aurais bien voulu avoir un témoin avec moi car c’est assez improbable de voir un carcajou au Québec et encore moins en ville .Je n’oublierai jamais ce moment.