La bactérie qui « dévore » le Titanic fascine toujours les scientifiques

Dans la nuit froide du 15 avril 1912, le puissant RMS Titanic réputé « insubmersible » sombrait dans les eaux après avoir heurté un iceberg lors de sa première traversée de l’Atlantique. Aujourd’hui, le légendaire navire à vapeur pourrait bien, cette fois-ci, disparaître pour de bon. Et le coupable est, cette fois-ci, non pas un autre iceberg, mais quelque chose de beaucoup plus… petit!

Par Francine Saint-Laurent
8 mai 2026

Dre Henrietta Mann avec Halomonas titanicae. Photo de courtoisie : Deanna Ryan-Meister/Société du Titanic du Canada Atlantique.

Tout commence lors d’une exploration du site funeste de l’épave en 1991. À bord d’un sous-marin de grandes profondeurs – dont est muni un navire russe, le Akadmik Mstislav Keldysh –, des scientifiques sont particulièrement intrigués par des coulures figées de couleur rouille évoquant des stalactites. Elles sont des centaines de milliers à coloniser les débris de l’épave agonisante du Titanic. Il s’agit de rusticles, des formations complexes et fragiles pouvant atteindre des longueurs impressionnantes souvent calculées en mètres.On estime que quelque 650 tonnes de rusticles se sont accumulées sur la proue. Les échantillons recueillis sont confiés notamment à l’équipe de feu Henrietta Mann, chercheuse à l’Université Dalhousie au Canada.

La baignoire du capitaine Édouard Smith épargnée jusqu’ici par l’agressive bactérie. Source : Flickr – Photo de Diaman Entwisle.

Ce que les scientifiques découvrent est stupéfiant. Ces échantillons sont formés par des bactéries jusqu’alors inconnues… qui s’attaquent au Titanic!

La scientifique Bhavleen Kaur. Photo de courtoisie : Bhavleen Kaur.

« Il s’agissait d’une nouvelle espèce appartenant au genre Halomonas. Pour caractériser cette bactérie, nous avons collaboré avec les chercheurs Cristina Sánchez-Porro et Antonio Ventosa de l’Université de Séville, en Espagne », indique à Faune Nature Bhavleen Kaur, laquelle a fait partie de l’équipe de Henrietta Mann.

« Nous l’avons baptisée Halomonas titanicae – dont le nom a été officialisé en 2010 – en honneur du lieu où elle a été découverte. »

Encore de nos jours, des recherches se poursuivent afin de percer tous les secrets de cette bactérie surnommée parfois la « dévoreuse de fer. »

La scientifique Afef Najjari. Photo de courtoisie : Afef Najjari.

« En fait, la H. titanicae ne consomme pas le métal au sens strict du terme. Son métabolisme utilise les matières organiques et les sels présents dans l’eau de mer, et non le métal lui-même, comme principale source d’énergie », indique Afef Najjari de l’Université de Tunis El Manar en Tunisie à Faune Nature.

Cette bactérie forme des biofilms, des pellicules visqueuses et collantes lui permettant de se fixer solidement à des structures de surface. C’est ce qui lui offre un environnement stable dans les conditions de haute salinité des grands fonds marins. Au dire de notre chercheuse, H. titanicae produit des acides et d’autres composés qui accélèrent l’oxydation chimique du métal, un processus appelé corrosion d’origine microbienne (MIC) qui signifie en anglais Microbiologically Influenced Corrosion. Or, le fer et l’acier sont plus sensibles à la MIC.

En pleine croissance sur un vestige en déclin

Par conséquent, on imagine aisément que, transformée en une immense cour à ferraille, l’épave – constituée de quelque 2 000 énormes et lourdes plaques d’acier et de 3 millions de rivets de fer et d’acier – offre un milieu fort propice où la H. titanicae peut proliférer et où des millions de bactéries contribuent à la création de rusticles, un écosystème complexe transformant le métal en rouille et libérant progressivement des ions ferriques dans le milieu marin. Les analyses permettent aux scientifiques de comprendre comment les micro-organismes influencent le recyclage des métaux dans la nature.

« Toutefois, bien qu’ils réintroduisent indirectement du fer dans l’environnement, il ne s’agit pas d’un outil destiné à la récupération ou au recyclage industriel des métaux » de préciser Afef Najjari, autrice du livre Life in Extreme Environments – Diversity, Adaptability and Valuable Resources of Bioactive Molecules.

Fragments de rusticle. Photo de courtoisie : Docteur Anthony El-Khouri de l’Institut technologique de Floride.

Des observations fascinantes les unes après les autres

Ce n’est pas tout! Pour les chercheurs, ce tas de débris du célèbre paquebot – le seul endroit trouvé qui abrite la H. titanicae jusqu’à présent – est un véritable laboratoire vivant où ils peuvent observer le pouvoir de destruction de la bactérie, la façon dont elle se fixe sur le métal, forme des biofilms et accélère la corrosion. « En comprenant ces mécanismes au niveau moléculaire, les chercheurs pourraient mettre au point de nouvelles peintures, revêtements ou traitements de surface anticorrosion pour ralentir ou empêcher la fixation des bactéries et la formation de biofilms », indique Afef Najjari en ajoutant que la connaissance du comportement de H. titanicae pourrait directement contribuer au développement de meilleurs matériaux de protection, rendant les structures maritimes plus durables et plus résistantes aux dommages microbiens à long terme.

Une question se pose alors : ces implacables microorganismes pourraient-ils s’attaquer aux plateformes pétrolières?

« Le risque demeure très limité. Halomonas titanicae se développe sur les surfaces riches en fer dans les environnements marins profonds à forte salinité », dit notre chercheuse. « En outre, la plupart des plateformes pétrolières modernes sont conçues avec des revêtements anticorrosion, une protection cathodique et font l’objet d’un entretien régulier, ce qui rend beaucoup plus difficile la formation de biofilms par ces bactéries. »

Quant le mauvais sort s’acharne sur le Titanic

Entre temps, – alors que des chercheurs font la lumière sur cette mystérieuse bactérie –, perdue dans l’obscurité totale à près de 4 000 mètres de profondeur dans l’Atlantique Nord, exposée à une pression écrasante, entourée de débris disloqués et rongée par des bactéries, l’épave du Titanic s’éteint.

L’œuvre dévastatrice de Halomonas titanicae est telle que, selon certains scientifiques, l’épave perdrait entre 0,13 et 0,20 tonne de fer par jour, de sorte que, d’ici les quatre prochaines années, on pourrait voir les ponts du Titanic s’effondrer — (c’est demain!)

Toutefois, pour Afef Najjari, la science moderne ne peut déterminer avec précision l’année de disparition de l’épave.

« C’est qu’il existe plusieurs facteurs à considérer comme la corrosion due à l’eau salée, les courants marins profonds et la pression de l’océan, qui contribuent également à la dégradation du paquebot. »

L’avenir de ce qu’il reste du passé

Si environ 47 000 tonnes de fer sont en cours de « recyclage » bactérien, cela signifie-t-il la disparition totale du paquebot d’ici les prochaines années? Rien n’est moins sûr!

« Les métaux non ferreux comme le bronze, le laiton ou le verre sont beaucoup moins affectés par la bactérie, dit notre chercheuse. Les vestiges partiels de la coque pourraient même subsister pendant encore plusieurs décennies. Les objets non métalliques tels que le laiton, le bronze, le verre et la céramique peuvent se conserver pendant des centaines d’années. »

Cela signifie que, même si le navire est « digéré » par l’océan, des traces de celui-ci subsisteront encore longtemps!

Assiettes fragiles et cassantes et métaux ferreux lourds et solides du Titanic. Lesquels disparaîtront en premier? Source : photo de Puripatch Lokakalin/iStock.

À LIRE PROCHAINEMENT

Faune Nature part en Australie pour découvrir deux grands prédateurs de l’homme. Pour connaître de quoi il s’agit, revenez nous visiter ou abonnez-vous à notre infolettre.

Laissez-nous vos commentaires

Cet espace est le vôtre, n’hésitez pas à nous laisser vos remarques, commentaires ou suggestions.
Veuillez entrer vos commentaires
Veuillez entrer votre nom